Ugo Schiavi : Mémoire fossile

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Ugo Schiavi
Mémoire fossile

 

Pierre sculptée, béton, 2025

 

Cette œuvre s’inscrit dans le cadre du parcours artistique Les Murmures du Temps, initié par la Communauté de Communes du Pays de L’Arbresle en partenariat avec Maison Gutenberg.

 

Mémoire fossile présente une main humaine aux proportions imposantes tenant fermement une large pierre. À moins que ce ne soit la pierre qui prenne forme humaine ? Dans cette fusion troublante où le corps et le minéral se confondent, l’œuvre en pierre taillée fige un geste de préhension, à la fois primitif et quotidien. Ici, la mémoire des hommes et celle de la Terre s’entrelacent, rendant hommage aux savoir-faire d’hier et aux luttes d’aujourd’hui.

 

À travers ce dialogue entre la main et la matière, l’artiste interroge l’ambivalence entre collaboration et domestication. L’œuvre s’inscrit notamment dans l’héritage des tailleurs de pierre des Carrières de Glay situées à quelques encablures, dont les représentants actuels s’efforcent de préserver la tradition. Mémoire Fossile, témoin silencieux de la relation entre l’Homme et son environnement, souligne la manière dont le temps sculpte autant qu’il efface, dans une tension où se joue notre propre pérennité.

 

L’artiste — Né en 1987, Ugo Schiavi vit et travaille à Marseille. Il est diplômé de la Villa Arson – École Nationale Supérieure d’Art en 2011. L’œuvre d’Ugo Schiavi fusionne le contemporain et l’ancien, trouvant un écho dans la mémoire commune. Jouant sur les tensions entre passé et présent, comme s’il s’agissait d’expérimentations archéologiques fictives, ses sculptures révèlent des récits captivants et explorent des histoires nouvellement découvertes. La démarche de Ugo Schiavi naît de la notion de patrimoine universel qui, en évoluant, efface l’idée de temporalité. Ses œuvres en mutation permettent une archéologie fantasmée qui défie la linéarité du temps.

 

Le contexte patrimonial — À Saint-Germain-Nuelles, les constructions se caractérisent par l’utilisation de la pierre jaune, dite “dorée”. Celle-ci provenait essentiellement des carrières de Glay, situées au nord de la commune, qui furent exploitées pendant plus de 500 ans. Petit à petit, la production de pierre jaune s’est essoufflée, concurrencée par celles ayant accès à la voie fluviale ou ferroviaire. L’activité des carrières s’est alors arrêtée en 1947. Les savoirs-faire, l’architecture et les méthodes de construction liés à cette pierre jaune ont progressivement disparu. Aujourd’hui tout de même, le savoir-faire de la taille de pierre est entretenu par l’Association Les Carrières de Glay qui participe à la valorisation du site de Glay. Comme sur beaucoup de territoires au XXe siècle, le béton s’est imposé dans les constructions et a remplacé rapidement la pierre ancestrale.

 

Crédit photos: Lionel Rault

L’Envolée poétique — Fresque Croix Rousse

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Dans le cadre d’un budget participatif de la ville de Lyon, un projet de fresque sur le mur du cimetière de la Croix-Rousse (rue Philippe de Lassalle) a été voté par les habitantes et habitants. Maison Gutenberg a été sélectionnée aux côtés de l’artiste Clara Langelez pour mettre en œuvre ce projet sur un mur de 250 mètres de long.

 

Clara Langelez développe une recherche autour de l’invisible et du sensible, qui se révèle à travers des formes inspirées du vivant. Ses créations s’ancrent dans les lieux qu’elle investit avec des propositions picturales souvent à la frontière entre réalisme et onirisme.

 

Pour réaliser cette fresque, accompagnée d’Hélène Ligier, Clara a utilisé la technique du Sgraffito à la chaux. Provenant du mot italien signifiant griffé, le Sgraffito est une technique de gravure qui consiste à inciser un enduit à la chaux pour faire surgir l’enduit du dessous et obtenir ainsi un dessin bicolore en relief. Une technique ancestrale qui permet de respecter le support du mur en pisé.

 

La création de cette fresque s’est construite avec la participation de plusieurs habitantes et habitants. En effet, lors d’un atelier Clara a pu échanger avec certaines et certains sur ses orientations créatives tout en réfléchissant collectivement à l’intégration de la fresque dans son environnement. Durant ce même atelier, elle a également permis l’expérimentation de la matière en lien avec la technique utilisée grâce à un exercice de dessin sur argile.

 

À l’issue de cette rencontre, deux propositions ont émergé. Elles ont été soumises au vote, et celui-ci a retenu L’Envolée poétique, une fresque en bichromie de bleu et de beige.

 

Crédits : Lionel Rault

Charlotte Charbonnel : Cryptide

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Charlotte Charbonnel

Cryptide

 

Acier thermolaqué, 2025

 

Cette œuvre s’inscrit dans le cadre du parcours artistique Les Murmures du Temps, initié par la Communauté de Communes du Pays de L’Arbresle en partenariat avec Maison Gutenberg.

 

Cryptide est une œuvre conçue spécifiquement pour le sentier de Savigny. Lors de sa première visite sur place, Charlotte Charbonnel remarque un fossile sur le chemin caillouteux. Sensible aux signes, cette découverte qui fait écho au temps ancien devient le point de départ de son projet. Cette zone, comme une grande partie du territoire français, était, au Jurassique, couverte par une mer chaude propice à la vie marine, laissant une abondance de fossiles marins.

 

L’artiste imagine alors une créature fictionnelle, réminiscence d’une espèce disparue et témoin de cette histoire géologique. Entre forme fossile et organisme non identifié, cet animal écaillé devient grotte géomorphique dans laquelle le visiteur est invité à entrer.

Pour ce projet, l’artiste a fait appel au géologue Frédéric Gaudry, qui a identifié le fossile trouvé sur le sentier comme un moule interne de Coroniceras multicostatum datant du Sinémurien.

 

En croisant données scientifiques et imaginaire spéculatif, l’œuvre propose une expérience immersive qui met en relation différentes échelles de temps et rappelle les nombreuses ères géologiques ayant façonné le territoire du Pays de L’Arbresle, bien avant l’Anthropocène.

 

L’ARTISTE — Née en 1980, Charlotte Charbonnel vit et travaille à Paris. Elle est diplômée de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Tours en 2004 et de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, secteur Art/ Espace, en 2008. Elle est également nommée Woman to Watch par le National Museum of Women in the Arts de Washington en 2018. Intéressée par l’énergie contenue dans la matière, elle sonde notre environnement pour en révéler les forces naturelles et nous faire ressentir les flux. À l’écoute du monde, elle explore et transmet la vibration acoustique des lieux qu’elle investit. Sa pratique pluridisciplinaire est liée à l’espace et se nourrit des sciences, de collaborations et d’enquêtes dans différents domaines et disciplines.

 

LE CONTEXTE PATRIMONIAL — Sur ce secteur, se découvre un panorama avec différents points de vue sur les espaces du Pays de L’Arbresle. Le territoire est structuré par deux reliefs séparés par la vallée de la Brévenne. À l’Est, on distingue notamment les Monts du Lyonnais dont une partie est classée Espace Naturel Sensible : un environnement de moyenne montagne, sur le rebord du Massif central. À l’Ouest de la Brévenne, les monts de Tarare sont dominés par les hauteurs boisées. La main de l’homme, plus ou moins prégnante, se perçoit dans le moindre décor. La place du sauvage reste finalement marginale, la majeure partie des espaces étant domestiquée.

 

 

Crédit photos: Lionel Rault

Thierry Boutonnier : Le verger des maturités

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Thierry Boutonnier

Le verger des maturités

 

Œuvre arboricole et collective, techniques mixtes, 2025 

 

Cette œuvre s’inscrit dans le cadre du parcours artistique Les Murmures du Temps, initié par la Communauté de Communes du Pays de L’Arbresle en partenariat avec Maison Gutenberg.

 

Avec Le verger des maturités, la pluie nous donne le temps qui nous reste à cueillir ici. Cette œuvre collective de Thierry Boutonnier se matérialise en premier lieu par une forêt-verger traversant une histoire récente de l’arboriculture. Les pommiers de plein vent voisinent avec les cerisaies, des arbres témoignent d’une agriculture qui se transforme. Ce paysage féral, composé avec l’artiste et l’aide de nombreux habitants, artisans et arboriculteurs devient aujourd’hui le lieu d’une culture robuste. Ce terrain se veut comme un observatoire d’un art arboricole favorisant la biodiversité. S’inspirant de l’agroforesterie, cette œuvre ne renie pas la friche fertile existante qui nourrit le sol et préserve l’eau. Cet art du végétal s’accompagne d’une démarche pédagogique pour lire ce paysage des transitions. Douze balises donnent ainsi les clefs de lecture de l’évolution des paysages et des écosystèmes agricoles à travers des témoignages de ceux qui les cultivent. Ces paroles conduisent vers un pavillon du verger qui se veut comme un point d’observation de la parcelle concernée et des alentours. Cette cabane est également un impluvium qui garde l’eau de pluie et donne la mesure du temps via une horloge à eau.

 

L’ARTISTE  — Né en 1980, Thierry Boutonnier vit et travaille à Lyon. Il affirme ses filiations agricoles et développe sa pratique artistique en affrontant la question de la domestication de la nature. Il mêle ainsi  les arts et les sciences du vivant durant son parcours académique et au travers de ses expérimentations collectives.

Artiste arboriculteur, il met en œuvre des alternatives pour affronter l’exploitation et poser la question de notre responsabilité. Adossé à la puissance du végétal, Thierry Boutonnier s’emploie à développer des projets collectifs qui s’ancrent dans des territoires spécifiques. Ses œuvres sont conçues et coconstruites sur un temps long. Ici, il a œuvré avec l’Ecole de Production La Giraudière, les agriculteurs et agricultrices, et l’association arthropologia.

 

LE CONTEXTE PATRIMONIAL  — L’arboriculture est, avec la viticulture et l’élevage, l’une des principales activités agricoles du pays. On compte plus de quatre cents hectares de vergers sur tout le territoire, plantés entre 300 et 700 mètres d’altitude, sur des terrains sains et bien drainés des coteaux. Parmi ces productions arboricoles, la plus renommée est la cerise dite de Bessenay qui a fait sa réputation bien au-delà du Pays de L’Arbresle. Les différences d’altitude et d’exposition permettent aux arboriculteurs de cultiver un grand nombre de variétés et d’échelonner leur production de fin mai à la fin juillet. La région de Bessenay compte aujourd’hui plusieurs centaines d’exploitations qui produisent quelque trois mille tonnes de cerises par an, soit 8 % de la production française. Les cerises s’exportent également à l’international.

 

Crédit photos: Lionel Rault

AMO Direction artistique – SYTRAL Mobilités

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Depuis mai 2024, Maison Gutenberg accompagne SYTRAL Mobilités en tant qu’ AMO Direction artistique pour la valorisation culturelle de ses réseaux de transports en commun et de son patrimoine.

 

SYTRAL Mobilités engage une stratégie culturelle ambitieuse à l’échelle de son territoire d’action. Dans ce cadre, Maison Gutenberg est en charge de la direction artistique et de la coordination d’actions culturelles variées : commandes d’œuvres d’art pérennes, expositions sur les réseaux, événementiel, actions de médiation culturelle etc. 

 

Nous sommes accompagnés d’une équipe alliant différents champs d’expertise composée de :

-Fanny Bannet, consultante indépendante en stratégie, programmation et développement de projets culturels

-Paul Ardenne, agrégé d’Histoire, docteur en Histoire et Sciences de l’art, Membre de l’AICA-France (Association Internationale de la Critique d’Art), commissaire d’exposition et auteur.

-R-CuBE, société d’ingénierie événementielle spécialisée dans la direction technique.

 

Parmi les actions menées, nous avons notamment accompagné la mise en place d’expositions au sein du réseau. 

 

Située au cœur de l’un des pôles de transport les plus fréquentés, la station Gare Part-Dieu – Vivier Merle accueille des expositions temporaires au sein de la mezzanine du métro B, rénovée en 2024 et équipée de vitrines dédiées aux projets artistiques. Ces espaces offrent aux voyageurs un temps de pause culturelle sur leur trajet quotidien.

 

Après une première exposition produite dans le cadre de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon avec l’artiste Edi Dubien, la station poursuit cette dynamique partenariale avec le Musée des Confluences, en exposant certain artefact et les photographies de Pierre-Olivier Deschamps puis une installation artistique de l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne (IAC) avec l’artiste pluridisciplinaire Josèfa Ntjam. 

 

Maison Gutenberg a également mis en œuvre plusieurs propositions culturelles pour célébrer les 50 ans de la ligne C : œuvre murale et covering d’une rame de métro par les artistes Kenia Almaraz Murillo et Elliott Causse et mise en place d’une exposition sur l’histoire de la ligne C.

 

À l’automne 2025, nous avons accompagné l’illustratrice Anouk Ricard à la conception de deux œuvres pour habiller les toitures des nouvelles navettes fluviales du réseau TCL. 

 

Ces projets s’inscrivent dans une politique culturelle plus large menée par SYTRAL Mobilités, visant à intégrer durablement l’art au sein des réseaux de transport à travers des œuvres pérennes, des expositions temporaires et des partenariats avec les acteurs culturels du territoire. 

 

En parallèle, un ouvrage actuellement en cours d’impression, écrit par Paul Ardenne viendra documenter et valoriser l’ensemble du programme culturel déjà entamé. Il témoignera de l’engagement de SYTRAL Mobilités à inscrire durablement l’art dans l’espace public, en dialogue étroit avec les mobilités et les habitants du territoire.

 

Notre collaboration avec SYTRAL Mobilités sur l’ensemble de son réseau de transports en commun continuera en 2026, avec notamment la mise en place d’un programme de neuf œuvres d’art pérennes dans le cadre de la création des lignes T9, T10, BHNS et l’extension de la ligne T6.

 

La mise en œuvre de ce projet repose sur plusieurs étapes clés : l’élaboration d’un fil rouge artistique, la définition d’emplacements stratégiques, l’accompagnement de SYTRAL Mobilités dans la rédaction et le suivi des appels d’offres, répartis en neuf lots distincts, puis l’aide à la sélection des artistes, jusqu’à l’installation des oeuvres.


Crédit photos: Nanoville, Blandine Soulage, 
Big Compagny, Sytral Mobilités

 

Stefan Shankland : { Accolade Lapidaire }

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Stefan Shankland
{ Accolade Lapidaire }


Béton recyclé (Marbre d’ici) teinté dans la masse, réalisé avec des matériaux inertes naturels et anthropiques provenant des carrières, gisements, industries, ateliers et chantiers du territoire de l’Arbresle, 2024


Cette œuvre s’inscrit dans le cadre du parcours artistique Les Murmures du Temps, initié par la Communauté de Communes du Pays de L’Arbresle en partenariat avec Maison Gutenberg.

 

{ Accolade Lapidaire } est une sculpture horizontale intégrée à la place de la République de l’Arbresle. Elle est composée de sept signes graphiques inspirés par sept motifs architecturaux présents dans le vieil Arbresle. Un patrimoine ordinaire et extraordinaire qui s’étend du Moyen Âge jusqu’au XXème siècle. Chacune des sept formes incrustées dans le sol de la place de la République est réalisée avec un béton recyclé teinté dans la masse. Les matériaux utilisés pour la production de ces différents éléments nous renvoient à l’histoire des interac- tions constantes qui existent depuis des millénaires entre l’activité humaine et les ressources géologiques présentes sur le territoire de l’Arbresle.L’œuvre proposée est un sol minéral ordinaire sur lequel nous marchons aujourd’hui. Si par ses formes elle renvoie à plus de mille ans d’histoire architecturale, par sa matérialité elle nous relie au temps profond, aux ères géologiques, à la diversi- té des roches et des pierres présentes dans ce territoire et dont certaines ont été façonnées il y a près de 450 millions d’années. Stefan Shankland propose ainsi de faire cohabiter l’histoire naturelle et l’histoire anthropique du territoire, de les réunir et de leur donner une place dans l’espace public.

 

L’artiste — Né en 1967 à Paris, Stefan Shankland vit et travaille à Ivry-sur-Seine et à Nantes. Il est artiste plasticien, chercheur et enseignant à L’école nationale supérieure d’architecture de Nantes (ensa Nantes). Il mène depuis près de vingt ans des projets de recherche et de création en lien avec les transformations urbaines. Il est principalement connu pour ses interventions artistiques dans l’espace public, son implication dans des projets d’économie circulaire et la conduite de recherches explorant nos représentations des mutations. Il est notamment l’auteur du “Marbre d’ici” un protocole de transformation des gravats issus des démolitions d’immeubles en un béton recyclé à haute valeur ajoutée écologique, esthétique, patrimoniale et sociale.

 

Le contexte patrimonial — La ville de L’Arbresle juxtapose plusieurs époques historiques : gallo-romaine, médiévale, Renaissance, industrielle, moderne, contemporaine. Cela se manifeste particulièrement sur le secteur de la place de la République par la présence de l’hôtel des Valous d’époque Renaissance, d’une ancienne usine de tissage ou encore du bâtiment de la médiathèque actuelle datant de la fin du XIXe siècle. Nous retrouvons parfois cette juxtapo- sition sur un même édifice, à l’image de l’ancienne mairie (au n°1 de la place) où se retrouvent plusieurs pierres utilisées à des époques différentes : calcaire à gryphées d’Apinost (Bully) et des Mollières (L’Arbresle) et calcaire jaune des Carrières de Glay (St Germain sur L’Arbresle). 

 
Crédit photos: Lionel Rault

Vahan Soghomonian : ORG MITRA

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Vahan Soghomonian
ORG MITRA


Installation sonore interactive, techniques mixtes 2024


Cette œuvre s’inscrit dans le cadre du parcours artistique Les Murmures du Temps, initié par la Communauté de Communes du Pays de L’Arbresle en partenariat avec Maison Gutenberg.

 

ORG MITRA est un instrument topographique créé pour faire chanter une autoroute et murmurer un tunnel. Considérant ce dernier comme une cavité arti- ficielle, comme des stalactites descendant du plafond, ses couleurs renvoient aux pierres dorées comme au soleil. La composition sonore est constituée d’unités musicales provenant d’une maquette sonore dont les séquences répondent à la fréquentation de l’autoroute. La composition propose également des unités de langage via des poèmes génératifs issus d’une enquête réalisée auprès des habitants du Pays de L’Arbresle. L’artiste a notamment questionné ceux qui habitent ce territoire sur le futur de l’humanité : À destination des êtres de l’an 3 356, qu’est-ce que le temps aujourd’hui, à quoi il ressemble ? L’œuvre d’art s’active par la rencontre, l’instrument est alors déclenché par les passages des marcheurs dans le tunnel. L’artiste propose ainsi une composition oraculaire, singulière à chacun.

 

L’artiste — Né à Lyon en 1982, Vahan Soghomonian vit et travaille à Lyon. Di- plômé de l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence en 2008, il est membre du Laboratoire Espace Cerveau de l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne depuis 2016. Vahan construit des écosystèmes qui invitent à explorer notre imaginaire. Ses recherches procèdent par analogie, explorant la plasticité » de l’Art en son sens des mécanismes cérébraux. Ils questionnent la potentialité d’adaptabilité et d’évolution, en fonction des lieux d’où le travail se déploie, ainsi que des êtres avec qui collaborer. Il utilise pour cela la faculté de fonctionner par associations, pour mettre à l’œuvre des mécaniques inconscientes,opérant cachées, pour résister.

 

Le contexte patrimonial — Aussi appelée La Transeuropéenne, cette auto- route relie Bordeaux à Lyon, en passant par Clermont-Ferrand. Le chantier global fut titanesque, comparable à celui d’une autoroute de montagne : trois tunnels, huit viaducs et cinq échangeurs. Le projet a été lancé en 1991 dans le but de désenclaver le centre de la France. Le dernier tronçon de l’A89 qui dessert le Pays de L’Arbresle est long de cinquante kilomètres et a été mis en service en 2013. Localement, l’autoroute répond à un besoin de rapprochement avec les grandes villes voisines. C’est un lien direct vers l’extérieur du territoire, favorisant son attractivité et son développement économique. Cependant l’autoroute amène aussi son lot de conséquences écologiques : altération des habitats naturels, fragmentation spatiale des écosystèmes, rejet de CO2.

 
 
Crédit photos: Lionel Rault

Didier Marcel : La Colonne Dorée

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Didier Marcel
La colonne dorée


Résine polyester, fibres naturelles, structure métallique 2024 


Cette œuvre s’inscrit dans le cadre du parcours artistique Les Murmures du Temps, initié par la Communauté de Communes du Pays de L’Arbresle en partenariat avec Maison Gutenberg.

 

La colonne dorée est à la fois une borne marquant l’orée de la forêt et un monument agricole. La sculpture est composée de moulages de bottes de paille empilés qui font écho par leur éclat à la pierre dorée locale. La culture de la parcelle et le rythme des saisons contribuent pleinement aux variations de cette œuvre. La colonne dorée se réfère par son architectonique à l’ordre industriel inventé par Claude-Nicolas Ledoux, architecte visionnaire du siècle des Lumières. Un travail marqué par l’articulation entre les forces de la nature et le génie organisateur de l’Homme. L’œuvre se situe également à quelques lieues du couvent Sainte-Marie de La Tourette édifié par Le Corbusier, autre architecte novateur, fondateur du mouvement moderne. Le XVIIIème siècle de Ledoux inaugure l’évolution progressiste des sociétés occidentales qui se propage notamment à travers le modernisme. Le siècle actuel constitue quant à lui un point d’acmé technologique, empreint de désillusions et de doutes quant au monde d’après.

 

L’artiste — Né en 1961, Didier Marcel vit et travaille à Dijon. Son œuvre est présente dans les collections publiques du Centre Georges Pompidou (Paris), du Musée d’Israël (Jérusalem), du Nouveau Musée National de Monaco, du Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, ou encore du MAMCO Genève. Il travaille la sculpture à grande échelle dans l’espace public qui aborde des méthodes de travail collectives liées à l’utilisation de technologies industrielles, où la question du local s’impose comme une réponse au global. Les formes qui composent ses sculptures sont obtenues par des moulages d’éléments naturels qui sont comme «déréalisées» par une somme d’opérations telles que cadrage, flocage des surfaces, redressement au mur ou mise en hauteur.

 

Le contexte patrimonial — Ce secteur est un exemple de la cohabitation complexe entre les activités humaines et la préservation des écosystèmes. Sur 95 ha, le site est classé Espace Naturel Sensible en raison de la variété de sa faune et de sa flore. Les anciennes carrières de Glay abritent de nombreuses espèces de chauves-souris ainsi que des plantes caractéristiques des pelouses sèches ou des éboulis. Le bois des Oncins présente divers milieux forestiers, du fourré arbustif calcicole à la chênaie-charmaie. La zone est par ailleurs traversée par différents flux d’énergie et de transport : une ligne électrique aérienne très haute tension, une canalisation de transport de gaz haute pression, l’autoroute A89, sans oublier la fréquentation croissante des promeneurs et des visiteurs sur le Géosite des Carrières de Glay

 
 
Crédit photos: Lionel Rault

Julie Escoffier (Duo Evernia) : Géo-Empathie

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Julie Escoffier (Duo Evernia)
Géo-Empathie


Mortier sculpté, acier, métal martelé et patine aux sels de cuivre, stèle en pierre dorée 2024

 

Géo-Empathie met en scène les interactions du vivant au cœur de l’activité viticole et propose de porter attention à la préservation des sols. Pensée comme une ode au travail de la vigne, la sculpture se construit dans le temps, avec les éléments et en collaboration avec le vivant. La partie supérieure sert de réceptacle pour les eaux de pluie mais aussi pour réaliser des offrandes de vin, dites “libations”. Ces liquides orientés vers la stèle se chargent en sels de cuivre, sculptent et colorent progressivement la pierre calcaire. En articulant l’art et la science, cette œuvre s’intéresse à l’impact de l’activité humaine sur l’environnement. Elle souligne l’acidité des eaux de pluie lyonnaises, questionne les différentes pratiques de traitement de la vigne et cherche à provoquer par la réactualisation d’un rituel ancestral : empathie, par- tage et harmonie. Des transformations d’ordre chimiques, physiques et biologiques sont ainsi à l’œuvre dans cette sculpture évolutive, faisant plus largement écho au territoire naturel, culturel et industriel du Pays de L’Arbresle.

 

L’artiste — Née en 1989, l’artiste Julie Escoffier vit et travaille dans la région lyon- naise. Diplômée de l’ENSBA-Lyon en 2013, elle a suivi un post-diplôme à l’ENPEG à Mexico en 2014. Pour la conception de cette sculpture, la plasticienne a collaboré avec Héloïse Thouément (1989, Rennes), ingénieure en chimie et en environnement (PhD, TU Delft), spécialisée dans l’étude des pollutions environnementales. Ce duo nommé Evernia s’intéresse à divers mécanismes de dégradation ou d’évolution, tout en enquêtant sur leurs causes et en proposant, sur la base d’un dialogue entre l’art et la science, une interprétation. Leur collaboration prend la forme de conférences, expositions, médiations, performances ou publications, tout en s’appuyant sur des recherches et des expérimentations variées.

Remerciements : Le domaine de Rotisson pour l’accueil de la sculpture sur leur parcelle. La société Biomède pour les sels de cuivre (obtenus via la technique de phy- toremédiation).

 

Le contexte patrimonial — La vigne est partout, petites ou grandes parcelles habillent le pied des villages et les flancs des coteaux. Le territoire est au confluent de deux appellations : Beaujolais et Coteaux du Lyonnais. La réputation de la première n’est plus à prouver, quant à la seconde, elle connaît une renommée croissante au niveau national. Ce succès grandissant tient notamment à l’émergence d’une nouvelle génération de vignerons. Depuis 1938, cinq communes du Pays de L’Arbresle dont Saint-Germain-Nuelles, sont rattachées à la zone d’appellation contrôlée Beaujolais. Elles forment en quelque sorte l’entrée sud du vignoble beaujolais, et produisent sur des sols essentiellement argilo-calcaires. Les cépages utilisés sont le Gamay noir pour le rouge et le Chardonnay pour le blanc.

 
Crédit photos: Lionel Rault

Laurent Pernot : Le Grand Rocher

Laurent Pernot,
Le grand rocher
Laurent Pernot

Le grand rocher

Mortier sculpté, béton, acier, bronze, terre, plantes 2024

 


Cette œuvre s’inscrit dans le cadre du parcours artistique Les Murmures du Temps, initié par la Communauté de Communes du Pays de L’Arbresle en partenariat avec Maison Gutenberg.

 

Le grand rocher est une œuvre imaginée spécifiquement pour le site du Val des Chenevières. Façonnée par des conditions météorologiques parfois ex- trêmes depuis plusieurs siècles, la nature a ici éprouvé des événements qui ont marqué la mémoire des habitants ; les rivières de la Brévenne et de la Turdine ont débordé à plusieurs reprises, provoquant de terribles ravages sur les communes du Pays de L’Arbresle. Au cœur de cet environnement, Laurent Pernot propose une sculpture qui s’apparente à un grand monument rocheux dont l’aspect reflète la richesse géologique de la région, et dont la silhouette, suggérant une érosion par les eaux, manifeste une fragilité indéniable. Autour de la rivière, l’artiste s’est ainsi attaché à retranscrire les crues qui ont marqué le territoire tout en abordant plus largement la notion de métamorphose dans la nature. Au sommet de la pièce centrale, la présence d’un enfant et d’une végétation naturelle évoque la vulnérabilité de l’humain face à un monde en pleine mutation ; la figure juvénile symbolise l’espoir d’un renouveau porté par les nouvelles générations.

 

L’artiste — Né en 1980, diplômé de l’Université Paris VIII puis du Fresnoy – Stu- dio national des arts contemporains, Laurent Pernot développe « une pratique polymorphe qui explore la condition humaine à travers le temps, le langage et la nature. » Contemplatives ou méditatives, discrètes ou monumentales, ses œuvres manifestent souvent une atemporalité, interrogent les paradoxes inhérents à la mémoire et au vivant, et s’intéressent à des sujets qui transcendent les âges et les civilisations. Ses recherches empruntent à l’histoire, à la philosophie et à la poésie.

 

Le contexte patrimonial — Le bassin versant Brévenne-Turdine s’étend sur une superficie de 440 km2. C’est un secteur historiquement très touché par les inondations, des textes d’archives témoignent de crues datant de l’an 1196. Au cours des dernières décennies, le territoire a connu plusieurs inondations, la dernière datant du 22 novembre 2016. Au Val des Chènevières, un poteau indique les hauteurs des dernières crues avant l’aménagement, soit plus de 2 m au-dessus de l’actuel niveau d’eau. Pour affronter ces problématiques, le Syndicat de Rivières Brévenne et Turdine (SYRIBT) a été créé en 2006. En 2012, un Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI) a été approuvé sur le territoire Brévenne-Turdine et permet de réglementer la gestion de l’urbanisme en fonction du risque d’inondation.

 
Crédit photos: Lionel Rault